L’assassinat d’Aldo Moro.

mardi 14 février 2012.
 

Aldo Moro était devenu incontrôlable et dangereux, surtout avec sa politique d’ouverture vers les communistes et les socialistes. John Fitzgerald Kennedy était venu en Italie en 1963, pour apporter son soutien à Aldo Moro qui avait formé le premier gouvernement de centre-gauche en Italie en novembre de la meme année ce qui est certain, c’est qu’il avait tout les deux le même objectif, ils voulaient transcender les frontières en les deux blocs. Aldo Moro savait que sa politique rencontrerait une serieuse opposition, mais il ne voyait pas d’autre solution qu’un rapprochement avec les communistes, deuxième force politique de l’Italie. Les opposants à cette stratégie, les États-Unis en tête, ne restaient pas inactifs, des éléments d’extrême-droite dans la police, dans l’armée et dans les services secrets, essayaient de provoquer un état d’urgence en pratiquant des attentats terroristes, ils pensaient créer des conditions favorables à un coup d’état de droite, le moteur était la loge « Propaganda Due » [1]. Aldo Moro avait présenté cette proposition de compromis historique au États-Unis en 1974, lors de son entrevue avec le secrétaire d’État des États-Unis, Henry Kissinger. Henry Kissinger, considérait la politique du président du Conseil italien comme le cheval de Troie des communistes pour prendre le pouvoir en Italie. Quoi qu’il en soit, Aldo Moro, avait abruptement mit fin à sa visite.

Que c’était-il donc passé ?

Une des explications plausibles se situe plus bas en 1982, lors des dépositions de Gorrado Guierzoni et d’Eleanora Moro lors du procès Moro.

-  00.00.1977 La P2, prend le contrôle du Corriere della Sera via la Banque du Vatican dirigée par Paul Marcinkus.
-  15.03.1978 Le chef de la police, rencontre Aldo Moro pour le rassurer et qu’il ne court aucun danger et qu’il n’y avait aucun motif pour s’alarmer.
-  16.03.1978 Une séance historique du parlement italien se prépare à Rome, Aldo Moro pour parer à l’éventualité d’un coup d’état de droite, il s’apprêtait, ce jour, à signer le "compromis historique" avec Enrico Berlinguer, le président du parti communiste italien. Parallèlement les membres de la CIA allait entrer en réunion, à l’Excelsior avec la loge clandestine « Propaganda Due » ou « P2 », dirigée par Licio Gelli. Au ministère de l’intérieur, certains membres des services secrets italien étaient arrivé plus tôt que d’habitude [2].
-  08:30 Une station radio de Rome annonce l’enlèvement d’Aldo Moro, 32 minutes avant l’extraction de ce dernier par les Brigades Rouges.
-  08:45 Les membres du commando, dirigé par Mario Moretti, se mettent en place pour l’embuscade.
-  08:59 Le convoi est bloqué, 91 coups de feu sont tirés par Valerio Morucci, Raffaele Fiore, Prospero Gallinari et Franco Bonisoli [3], 45 d’entre elles ont été fatale au groupe de protection [4].
-  09:02 Aldo Moro est enlevé sur la via Fani, par les BR, sur le lieu de l’embuscade, les cinq membres attachés à la protection du président de Démocratie chrétienne, gisent au sol, ils sont morts.
-  L’appointé des carabiniers Domenico Ricci (1934-1978).
-  Le maréchal des carabiniers Oreste Leonardi (1926-1978).
-  L’agent de police Raffaele Iozzino (1953-1978).
-  L’agent de police Giulio Rivera (1954-1978).
-  Le brigadier de police Francesco Zizzi (1948-1978).
-  09:03, les services de police reçoivent un premier appel, Aldo Moro a été enlevé et ses gardes du corps tués, tous les véhicules de réserves sont dirigés sur le lieu de l’enlevement.
-  09:07 Le véhicule des kidnappeurs arrive sur une place, d’ou un véhicule de police venait d’être retiré, pourtant ce véhicule avait pour ordre de ne quitter son poste sous aucuns prétexte, car les éléments étaient chargé de protéger un juge dont la vie était menacée. C’est justement à cet endroit, que les membres des Brigades Rouges changèrent de véhicule avec leur colis, Aldo Moro. Au même moment, un habitant du quartier, sur via Fani, prenait quelques photographies [5]...
-  09:40 La Fiat 132, qui a servit d’extraction est retrouvé sur Calvo Licinio, avec des taches de sang frais à l’intérieur.
-  10:00 Le parlement italien se réunit pour élire à une énorme majorité en signe d’une solidarité contre le terrorisme, un gouvernement mené par Giulio Andreotti, Enrico Berlinguer, soutenait le nouveau gouvernement, peu de temps après, le président du Conseil des ministres italien, annonçait les mesures draconiennes prisent par le gouvernement contre les terroristes.
-  10:00 La police, les militaires et les services secrets étaient maintenant à pied d’oeuvre, a partir de cet instant, un black-out était imposé sur tout ce qui touchait à l’affaire Moro et qui dure encore aujourd’hui...
-  Les documents présents dans le véhicule d’Aldo Moro ont disparus et les témoins ont du jurer de garder le secret. Pour faire face à la crise provoquée par l’affaire Moro, le ministre de l’Intérieur, Cossiga Francesco, crée, trois comités de crise :
-  Comité technique, opérationnelle et politique, dirigé par le Sous-Secrétaire Lettieri Nicolas dont faisaient également partie des commandants de la police, carabiniers et la police financière, des administrateurs du SISMI, de la S.I.S.De., le Secrétaire général de CESIS et le directeur d’UCIGOS de Rome.
-  Comité d’information , dont les membres provenaient des services du CESIS, S.I.S.De., SISMI et du SIOS.
-  Comité d’experts, non officielle, dont son existence n’a été révélé qu’en mai 1981, dans ce comité, nous trouvons : Steve Pieczenik, le criminologue franco Ferracuti, Stefano Silvestri, Vincenzo Cappelletti et Giulia Conte Micheli. Ce jour les BR expédie le premier communiqué.
-  18.03.1978 La police italienne est sur les dents, une habitante de l’immeuble a entendu des bruits suspects, une des patrouilles est donc envoyée au via Gradoli 96, a leur arrivé, les policiers étaient accueillis par une femme qu’ils connaissaient bien, Lucy Mokbel, une informatrice de police, qui habitait au N°9 interne, juste à coté du N°11, ou résidait les BR, elle expliquait aux policiers, que la nuit précédente, elle avait entendue des coups frappés en alphabet morse. La police investie donc l’immeuble, et défonce les portes des appartements ou ils n’obtenaient pas de réponse... La seule porte qui ne subirait pas l’assaut des forces de l’ordre est celle ou se trouvait Mario Moretti. Ces appartements appartenait à une société immobilière, La monte valle verde [6]. Ce qui était important dans l’appartement N°11 de la via Gradoli 96, n’était pas la présence d’Aldo Moro, mais c’était la ou vivait Mario Moretti [7]...
-  25.03.1978 Second communiqué des BR.
-  29.03.1978 Troisième communiqué des BR.
-  04.04.1978 Quatrieme communiqué des BR.
-  09.04.1978 Cinquième communiqué des BR.
-  15.04.1978 Sixième communiqué des BR.
-  20.04.1978 Septième communiqué des BR.
-  24.04.1978 Huitième communiqué des BR.
-  00.04.1978 Quelques représentants de la mafia calabraise, proposaient à un député de la Démocratie Chrétienne, Benito Cazzola, de le rencontrer au nord de Rome, suite à cela, les mafieux déclarèrent ou ils pouvaient trouver Aldo Moro, ils conduisait Benito Cazzola directement à la via Gradoli. Le député Benito Cazzola, transmit ces informations à la police, mais il ne s’est rien passé... Une semaine plus tard, lors d’une réunion peu commune, les six membres du gouvernement découvre ou Aldo Moro est emprisonné, présent lors de cette réunion, Romano Prodi transmettait cette information au ministre de l’Intérieur, Francesco Cossiga, ce dernier prétendait qu’il n’existait aucune rue à Rome, portant un tel nom, mais il envoya des forces de l’ordre, fouiller le village de Gradoli... C’est la troisième fois, que les autorités compétentes sont renseignés sur l’endroit ou se trouve Moro.
-  05.05.1978 Les BR diffusèrent le dernier communiqué, dans lequel elles annonçaient l’exécution d’Aldo Moro.
-  09.05.1978 Le cadavre d’Aldo Moro fut retrouvé sur indication des Brigades Rouges dans la via Caetani à Rome.
-  02.08.1980 (NAR) L’attentat de la gare de Bologne, connu sous le nom de « La strage di Bologna » est la plus meurtrière des années de plomb italiennes, la charge de 23 kg [8], fit 85 morts et plus de 200 blessés.
-  17.03.1981 Découverte de la liste des membres de la P2, dans l’usine “Giole”, détenue par Licio Gelli , à Castiglion Fibocchi, lors d’une perquisition dans le cadre des enquêtes sur Michele Sindona (1920-1986).
-  21.05.1981 La liste des membres de la P2 est rendue publique par la présidence du Conseil.
-  14.04.1982 Ouverture du procès Moro I à Rome.
-  00.07.1982 De nouveaux documents ont été découverts caché dans le double-fond d’une mallette appartenant à la fille de Gelli, à l’aéroport de Rome-Fiumicino. Les deux documents étaient intitulés « Memorandum sulla situazione italiana [9] » et « Piano di rinascita democratica [10] », ont été considéré comme le programme politique de la P2. En 1982, John Coleman, un ancien agent des services de renseignement qui avait eu accès aux échelons les plus élevés du pouvoir et des secrets, révéla qu’Aldo Moro, l’ancien premier ministre italien, un membre loyal du parti démocrate chrétien qui s’était opposé à la croissance zéro et aux réductions de population planifiés, avait été victime d’assassins contrôlés par la loge maçonnique P2, dans le but de mettre l’Italie aux ordres du Bilderberg.

John Coleman, affirme dans Conspirators’ Hierarchy - The Committee of 300, que les mondialistes voulaient utiliser l’Italie pour déstabiliser leur cible principale, qui n’était autre que le Moyen-Orient. Le projet d’Aldo Moro, de stabiliser l’Italie à travers le plein emploi et l’apaisement politique et industriel aurait rendu difficile la déstabilisation au Moyen-Orient, un objectif primordial du groupe Bilderberg.

John Coleman, a decrit avec force détails la série d’évènement qui a paralysé la nation italienne, l’enlèvement et l’exécution d’Aldo Moro.

Gorrado Guierzoni, un proche ami de la victime, a témoigné devant le tribunal de Rome du fait qu’Aldo Moro, qui avait pendant des décennies été un homme politique de premier plan, avait été menacé par un agent du Royal Institute of International Affairs, plus connu sous le nom de Chatham House, alors que ce dernier était encore le Secrétaire d’États des États-Unis.

John Coleman, raconte comment lors du procès des membres des brigades rouges, certains d’entre eux témoignèrent du fait qu’ils étaient au courant de l’implication des États-Unis dans le complot visant à assassiner Aldo Moro.

En juin et jullet 1982, la veuve d’Aldo Moro temoigna quant a elle du fait que l’assassinat de son mari était survenu à la suite de graves menaces émanant de ce qu’elle appellait une personnalité politique américaine de premier rang.

Quand le juge lui demanda si elle pouvait preciser à la cour ce que cette personne lui avait dit, Eleanora Moro repeta mot pour mot la phrase prononcé antérieurement par Gorrado Guierzoni au cour de son témoignage : « Soit vous interrompez votre ligne politique, soit vous devrez payer chèrement pour ce que vous avez fait. »

Le juge rappela Gorrado Guierzoni et lui fut demandé s’il était en mesure d’identifier la personne dont parlait Eleanora Moro, il répondit qu’il s’agissait d’Henry Kissinger, tel qu’il l’avait précédemment laissé entendre.

Pourquoi un diplomate de premier plan menacerait-il un homme politique proéminent d’une nation européenne indépendante ?

-  10.11.1982 Le témoignage de Gorrado Guierzoni, aussi sensationnel que potentiellement dommageable aux relations americano-italiennes, fut immédiatement diffusé dans toute l’Europe occidentale. Cependant, aucune chaîne américaine ne jugeâ apparemment la nouvelle digne de valeur et ceci en dépit du fait qu’Henry Kissinger eu été condamné en tant que complice de ces meurtres.
-  00.00.1984 Appel du procès Moro (Procès Moro II) à Rome.
-  15.06.1986 Ouverture du procès Moro III à Rome.
-  00.00.1989 Ouverture du procès Moro IV à Rome.
-  En 2000 Alberto Franceschini [11] [12], lors d’un enregistrement, il confie qu’il y a une possibilité que Mario Moretti a été délibérément mis de coté, afin d’échappé au coup de filet de septembre 1974, car tout à été fait pour orienter le développement des Brigades rouges dans une direction qui convenait mieux au projet politique de certaines personnes au pouvoir [13], un chef prêt à l’action violente...

Toujours avec Alberto Franceschini : « Pendant les évènements de Moro, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une série de choses étranges que nous avons d’abord mis au compte d’une efficacité incroyable des Brigades rouges, mais qui en faite ne pouvait que relever de la complicité, nous nous sommes dit, si quelqu’un cherche à nous aider, c’est parfait, nous allons gagner et de plus nous convaincrons nos partisans inconnus. »

Ferdinando Imposimato, magistrat instructeur et responsable de la recherche des terroristes pendant l’affaire Moro, c’est toujours demandé, si les Brigades rouges ne bénéficiaient pas de la protection de certains éléments des services secret italien, d’ailleurs Gianadelio Maletti disait qu’il connaissait très bien les Brigades rouges, mais qu’il y avait des freins qui agissaient contre le SID, pour l’en empêcher.

-  2006 Il fallait qu’Aldo Moro reste en vie le plus longtemps possible pour développer une stratégie qui me permettrai (Steve Pieczenik) de maintenir la stabilité politique de l’Italie, que Cossiga puisse reprendre en main ses services secrets, qu’il ait le temps de réorganiser le pays sur le plan politique, économique et militaire, parallèlement il fallait empêcher les communistes d’arriver au pouvoir et les éléments fascistes de profiter de cette situation pour renverser l’État et enfin, il fallait aussi empêcher la famille d’intervenir pour faire libérer Aldo Moro, mais en le maintenant en vie je devais prendre une autre décision, pour moi, la décision finale, la suite logique de ma stratégie était peut-être que le prix a payer pour maintenir la stabilité de l’Italie, serait de sacrifier Aldo Moro.

[1] Le grand maître de la loge, n’est rien d’autre que Licio Gelli, anti-communiste convaincu et farouche ennemi d’Aldo Moro, ces relations avec la CIA étaient très anciennes.

[2] Ces membres nieraient ultérieurement leurs présences dans le ministère au moment donné.

[3] L’action était inspirée par une technique similaire de la Rote Armee Fraktion (RAF).

[4] Sur les 91 coups tirés, nous avons :
-  49 Balles provenant d’un FNAB-43.
-  22 Balles provenant d’un FNAB-43.
-  20 Balles provenant d’armes diverses, en particulier, d’un PM12.

[5] Monsieur Nocci, le photographe en question, a remis les photographies au magistrat instructeur. Ces photographies ont tout simplement disparu, alors qu’elles montraient la présence d’un officier supérieur des services secrets italien sur les lieux, précisément au moment de l’enlèvement.

[6] Au conseil d’administration de cette société, siégeait des personnes ayant joué un rôle financiers auprès des services secrets italien.

[7] Ferdinando Imposimato, magistrat instructeur dans l’affaire d’Aldo Moro.

[8] 5Kg de composé B (TNT (Trinitrotoluène) et RDX (Cyclotriméthylènetrinitramine)) et 18 kg de Poudre sans fumée).

[9] Memorandum sur la situation italienne.

[10] Plan de renaissance démocratique.

[11] En 1983, il se dissocie de la lutte armée et est libéré en 1992 après avoir purgé sa peine.

[12] Il est entre autre le principal fondateur des Brigades rouges et arrêté en 1974 par le général Carlo Alberto Dalla Chiesa et condamné à 18 ans de prison.

[13] Confirmé par le général, Gianadelio Maletti, ancien chef du Département D (Contre-espionnage) au SID.

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