Objectif stratégique pour Washington et Brasilia.

mardi 6 mars 2007.
 

Tom Shannon, secrétaire d’Etat adjoint chargé des Amériques, et l’ambassadeur brésilien auprès de la Maison Blanche, Antonio Patriota, annonçaient la semaine dernière à Washington la création d’un Forum international des biocombustibles incluant les Etats-Unis, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et l’Union européenne.

En principe pendant un an, le Forum sera un lieu d’échange d’informations et d’expériences. Il se penchera sur l’élaboration de standards internationaux pour l’utilisation de biocombustibles comme énergie de substitution partielle du pétrole.

L’ampleur planétaire de cette initiative empêche de la considérer comme visant explicitement à porter préjudice au Venezuela du président Hugo Chavez, cinquième exportateur mondial de pétrole brut et important fournisseur des Etats-Unis, quoique ce préjudice sera l’un des effets probable du Forum.

En plus de la coopération américano-brésilienne au sein de ce Forum, un accord bilatéral sur la recherche et le développement de biocarburants sera au menu de la rencontre, le 9 mars à Sao Paulo, entre George W. Bush et Luiz Inacio Lula da Silva, le président du Brésil.

"Les Etats-Unis et le Brésil sont complémentaires, car le Brésil produit de l’éthanol à partir de la canne à sucre et nous autres à partir du maïs" explique Tom Shannon.

Le Brésil est le premier exportateur mondial d’éthanol et le second producteur derrière les Etats-Unis. L’éthanol brésilien présente un double avantage.

D’abord, son prix de revient n’est, selon la Banque mondiale, que de 0,83 dollar le gallon (3,78 litres) contre 1,09 dollar aux Etats-Unis. Ensuite, provenant de la canne à sucre, il ne provoque pas dans la chaîne alimentaire la forte inflation consécutive au détournement du maïs vers l’élaboration de biocarburants.

(Alarme sociale au Mexique après le doublement du prix de la tortilla, aliment de base, dû au renchérissement du maïs américain importé, cette hausse de prix s’expliquant par les quantités croissantes de maïs utilisées par les producteurs d’éthanol).

La production d’éthanol du Brésil et des Etats-Unis totalise 72% de la production mondiale. Washington et Brasilia pourraient appuyer l’étude et/ou le développement de la production d’éthanol dans plusieurs pays latino-américains.

Quant au biodiesel, produit à partir d’oléagineux (colza, soja, tournesol), il attire des centaines de millions de dollars d’investissements tant au Brésil qu’en Argentine. Les Etats-Unis n’excluent pas que l’axe Washington-Brasilia des biocarburants puisse être renforcé par Buenos Aires.

Mais pour le président Bush, la priorité actuelle est l’éthanol. Au point que son frère, Jeb Bush, atterrira à son tour fin mars à Sao Paulo pour nouer des accords bioénergétiques.

Jeb Bush préside l’Interamerican Ethanol Commission, co-présidée par le Brésilien Roberto Rodrigues, ex-ministre de l’Agriculture, et par le Colombien Luis Alberto Moreno, président de la Banque interaméricaine de développement (BID).

Lors de sa tournée latino-américaine, George W. Bush proposera à l’Uruguay aussi de devenir l’un des fournisseurs des Etats-Unis en biocarburants. Malgré l’appartenance de l’Uruguay au Mercosur (marché commun sud-américain), Montevideo et Washington ont signé récemment un accord cadre de commerce et d’investissements, qui n’a toutefois pas la portée d’un traité de libre-échange.

Le Brésil de Luiz Inacio Lula da Silva et l’Uruguay de Tabaré Vazquez représentent, avec le Chili de Michelle Bachelet, le camp dit modéré au sein de la nouvelle gauche latino-américaine.

Le président vénézuélien Hugo Chavez, pro-castriste et viscéralement anti-Bush, apprécie peu le renforcement des liens de ces pays avec Washington.

Chavez fera de la contre-programmation, se faisant recevoir par l’Argentin Nestor Kirchner, puis par le Bolivien Evo Morales pendant que George W. Bush sera au Brésil et en Uruguay.

Des rassemblements antiaméricains sont prévus dans les cinq pays que visitera le président Bush. Au-delà de ces manifestations et de l’impopulaire George W. Bush lui-même, qui abandonnera la Maison Blanche dans moins de deux ans, l’essentiel pour Washington sera à la fois de préparer une réduction de l’influence des Etats pétroliers et de conforter le Brésil, gouverné par une gauche "acceptable", dans son rôle quasi naturel, vu sa superficie et ses 190 millions d’habitants, de leader du sous-continent latino-américain. Cette double ambition s’oppose nécessairement à l’expansionnisme, facilité par la manne pétrolière, de l’idéologie radicale d’Hugo Chavez.

Les négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce (cycle de Doha) pour approfondir la libéralisation des échanges, l’après-Castro à Cuba, la lutte contre la production et le trafic de drogue, l’aide militaire à la Colombie secouée par la guérilla et par le scandale des liens entre parlementaires et paramilitaires, les risques régionaux liés au réarmement intensif du Venezuela, les élections du 9 septembre prochain au Guatemala, où l’Indienne et prix Nobel de la Paix Rigoberta Menchu pourrait conquérir la présidence et renforcer la gauche continentale, la stabilité du président conservateur mexicain Felipe Calderon face à la gauche qui conteste sa légitimité et, certes, l’immigration sont les autres dossiers que le président Bush ouvrira au cours de son périple. www.latinreporters.com

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